dimanche, décembre 06, 2009

ZENITH, TOURBUS ET OLIVIA RUIZ.

Je suis parti le mardi soir depuis la gare de Lyon, à Paris, pour rejoindre Olivia Ruiz et ses musiciens dans un tourbus. Ce véhicule est un grand bus aménagé qui peut contenir environ 12 personnes, les loger, les accueillir, les faire manger et leur offrir un confort suffisant pour pouvoir passer de nombreuses heures sur la route sans que cette dernière se fasse sentir. Passé un certain nombre de personnes dans l'équipe d'un concert, l'hotel devient un moyen trop couteux et pas assez flexible pour les tournées de certains. Prenez le cas d'une équipe de trente personnes sur la route. Un groupe épais de dix musiciens entouré d'une équipe de 10 techniciens, des sonorisateurs, des éclairagistes, des conducteurs qui se relaient, des régisseurs d'équipe. Il est plus interessant de les loger dans des tourbus que dans des hotels. De plus, le tourbus a l'avantage d'avancer durant la nuit, ce qui gagne du temps et ne fatigue pas les équipes. Car passer sa journée sur la route est très fatigant. Il faut aussi voir que Olivia Ruiz a beaucoup de public, et qu'ainsi elle joue dans des Zenith. Ces salles là sont vides et livrées clef en main aux techniciens qui doivent construire un plateau, c'est à dire une scène capable d'accueillir un concert. Donc, Olivia Ruiz sur la route, c'est du monde, du temps, des véhicules, et du boulot pour 35 personnes.
Je devais faire ses premières parties à Pau le 2 decembre et à Limoges le 3. Etant seul sur scène, j'ai été invité à passer trois nuits dans le tourbus, profitant ainsi de la vacance d'un des managers qui n'était pas là sur ces dates, et m'enlevant au passage de nombreuses heures de train. Nous partîmes de la gare de Lyon, donc, et roulâmes jusqu'à Pau, de nuit, dans cet hotel à roulettes au confort parfait. Après une bonne soirée avec les musiciens d'Olivia Ruiz dans le salon privé du véhicule, rythmée par moulte blagues et anecdotes de concerts récents des uns et des autres, je partais dans ma petite couchette cosy pour passer une nuite comme je les aime, au ronron de la route. Car si je suis insomniaque, le tourbus est le seul endroit où je dors comme une pierre. Je l'avais pris au retour de dates avec les Dionysos, et je savais à l'avance que j'allais dormir paisiblement. J'ai l'impression de regarder un film le dimanche soir, ou bien de rentrer de la plage et de somnoler dans la voiture, puis je tombe. Le meilleur est au reveil, quand on ouvre la porte et que l'on est dans une autre ville. Dans le cas d'un Zenith, c'est encore meilleur car ces salles là sont en périphérie des villes, et ainsi on est obligé de croire ce que l'on nous annonce. "On est à Pau"! Ok. On pourrait être à Grenoble que je ne pourrais pas plus le prouver. Sauf que je vois les Pyrénées. On est à Pau. Et le Zenith est énorme. Un des plus grands de France. 7500 places. Je n'ai absolument rien à faire jusqu'à ma balance de 17h30 et il est 10h. Petit dejeuner avec quelques techniciens, puis déjeuner avec le team d'Olivia Ruiz, puis un peu d'internet, puis je joue un peu de guitare dans la loge, puis je fais une sieste, puis c'est à moi de balancer. J'ai amené trois claviers, mon lecteur mp3, l'omnichord, le stylophone et la guitare. Je suis hyper chargé. La balance se passe bien, même si j'ai une inquietude. Je ne ressens pas la salle. Le Zenith de Paris m'avait effrayé ( avec Dionysos il y'a trois ans), celui de Nantes m'avait excité ( toujours avec Dionysos il y'a un an et demi ), mais celui de Pau me semble un peu froid. Des sensations sans aucune raison. Au diner, je sens le trac monter. A 19h, c'est fouttu, on est dans l'heure du concert, j'ai peur. Je monte sur le coté de la scène un quart d'heure avant. Puis c'est à moi. Les talkie wakies des techniciens réclament un "noir salle" qui signifie qu'on éteint les lumières pour que je rentre sur scène avec une lumière qui éclaire la scène. Le noir salle marche à tous les coups: les gens applaudissent. Je leur demande encore plus d'applaudissements. Il faut dire que le trac me tend d'un coup. Impossible de se détendre. Tant pis. Je prend quelques secondes. Les gens se demandent ce qu'il se passe. Je redemande des applaudissements. Rien n'y fait. J'ai beaucoup trop de trac. Je lance tout de meme "Mary Lee Doo" qui me permet de me cacher derriere mon clavier avec le son épais et rassurant du Korg. Je sens que je ne suis pas avec les gens. Mais pas du tout. Il y'a comme un drap entre nous. J'enchaine avec "Solid Rock" qui me rassure aussi, puis enchaine avec "Macadam Vacarme". Apres tant de rock, je me sens enfin détendu. J'ai donc perdu 7 minutes sur les trente qu' Olivia Ruiz m'offre en première partie. Je lance "Weblog miracle", et le concert démarre enfin pour moi. Et pour les autres aussi. Comme par hasard, je sens enfin le public avec moi. Je n'ai pas dit "attentif", j'ai dit "avec moi". Connecté. Ces choses là sont réciproques, j'en suis sur. Le public ne se connecte pas si on ne le connecte pas. Les 23 dernières minutes se sont ensuite très bien passées. Un technicien me fait un signe que mon temps de passage est presque fini. C'est un caprice que j'ai : meme dans le cas d'un Zenith, il est hors de question que j'ais une set list. Les techniciens sont donc obligés de me prevenir de la fin approchante de mes passages car je n'ai pas de concert type, ni de durée définie. A la descente de scène, les gens applaudissent chaleureusement. C'est gagné. Mais il en a fallu de peu pour que je me plante. Erreur de concentration. La concentration d'un concert commence, d'après moi, des le matin de ce dernier. Or, je m'étais laissé distraire par le tourbus, les montagnes, et tout le reste. Arrivé en loge, j'écoute l'enregistrement du concert que j'ai en mp3 sur mon dictaphone numérique. Je trouve le début plus exécuté qu'interprété. Je pars écouter le show d'Olivia qui est parfait. Elle est généreuse, les musiciens sont concentrés, et tout passe. Je pars ensuite au stand de merchandising pour vendre mes disques. Les ventes sont maigres, mais beaucoup de gens viennent me parler.
Le lendemain, après une nouvelle nuit dans le tourbus, je descend du véhicule, et me concentre tout de suite dans le concert . Nous sommes devant le Zenith de Limoges et je suis concentré au maximum. Lors de la balance, je sens que j'aurai besoin au début de mon concert de quelque chose de sonore le temps de me faire à l'idée d'être de nouveau sur la scène d'un Zenith. Je programme un bruit stupide d'arpegiator sur mon Korg. En arrivant sur scène pour le concert, je suis effectivement surpris par les gens. Le trac pousse un peu plus haut son pic durant une ou deux secondes. Heureusement, j'ai prévu mon bruit débile. Je lance donc cette boucle en DoMajeur en même temps qu'un "je m'appelle KIM", et prend deux ou trois secondes pour me calmer. Puis lance le rythme de "Mary Lee Doo", je suis parfaitement dans le concert, et je sens les gens connectés. Ce coup ci, je n'ai perdu que deux ou trois secondes. Je n'avais encore jamais enchainé deux salles aussi grandes à la suite. C'est assez violent. Le concert de Limoges se passe parfaitement. Des montées, des descentes, de l'energie, du chant doux. Jean, le technicien, me fait un signe. Ca tombe bien, j'ai dit tout ce que je voulais dire. Mission accomplie. Je descend de scène, regarde le concert d'Olivia. C'est un show très joli, energique et rodé, et meilleur que celui de Pau. La veille, je ne l'avais pas entendue m'appeler pour faire le salut final avec elle. Ce coup ci, je n'y loupe pas. C'est un rituel, Olivia appelle toujours les premières parties à venir saluer le public à la fin de la soirée. Je remonte donc sur scène avec elle et ses musiciens. Nous sommes tous acclamés, et tout çà commence un peu à me bouleverser. Une fois les saluts finis, je suis troublé,je pars donc au merchandising, et, par la même, dans le materiel, les chiffres, et les choses concrètes. Les ventes se passent bien mieux que la veille. J'en suis ravi, mais je dois redescendre. Je pars donc en loge vérifier 25 fois mon matériel, faire l'inventaire, vérifier, et redescendre. Il me faudra quelques minutes. Ces deux concerts se sont très bien passés. Je redescend petit à petit. Dernière nuit dans le tourbus. Au matin, nous sommes à Toulouse, je prend un train vers Paris. Et là, il ne s'agit plus d'une redescente mais d'une chute. Je suis épuisé. D'un coup. Je somnole, je dors, et le soir à 19h, je suis au lit, mort de fatigue. A mon réveil, je lis les mots sur le mur de ma page KIM facebook ,et je suis content.
Ciao.

2 commentaires:

Hélène a dit…

Bonjour,

J'étais au concert d'Olivia RUIZ sur Limoges. Les premières parties c'est toujours compliquées car on vient pour un artiste précis et pour beaucoup le concert ne commence que lorsque l'artiste en question est là.
Perso, j'ai trouvé super sympa ta musique et tes chansons sont super bien écrites. Après, j'ai été impressionnée car je me suis dit "mais il est seul?" et bien t'a assuré.
Plein de bonnes choses et persévére...

Philip a dit…

A good hostel can make a world of difference to a backpacker who is traveling alone.

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